Affaire Platini – Blatter. Tout comprendre avant le procès pour escroquerie qui éclabousse la Fifa

Europe Sport

Du 8 au 22 juin, le procès de Michel Platini et de l’ex-président de la Fifa Sepp Blatter aura lieu en Suisse, à la suite d’un paiement suspect qui les a placés depuis 2015 au ban du football mondial. Ils seront également jugés pour « gestion déloyale », « abus de confiance » et « faux dans les titres » dans le même dossier. Un dossier dont la gestion par la justice suisse soulève aussi de nombreuses questions.

Six ans après la révélation de l’affaire, et la mise au ban du football mondial de Michel Platini et de Sepp Blatter, le procès va enfin avoir lieu. Les deux anciens dirigeants de l’UEFA et de la Fifa sont jugés pour escroquerie à partir du mercredi 8 juin. Et de nombreux observateurs assurent que l’ancien Ballon d’Or français pourrait bien être acquitté. Explications.

Des faits qui remontent à 2015

Tout commence en mai 2015. Le 27 mai, sept responsables de la Fifa, soupçonnés de corruption, sont arrêtés à Zurich et incarcérés, deux jours avant l’élection du président de la Fédération internationale. Ce scrutin a semé la discorde entre Sepp Blatter, candidat à sa réélection, et Michel Platini, son ancien bras droit. Le Suisse aurait promis à l’ancien numéro 10 des Bleus qu’il lui laisserait la place pour prendre la tête de l’instance. Il n’en fut rien. Le torchon brûle entre les deux hommes et Platini appelle même les votants à élire le prince Ali de Jordanie, candidat face au président sortant. Blatter est réélu mais, devant le scandale naissant, déclare qu’il remettra son mandat à disposition lors d’un Congrès électif extraordinaire ​ : la date sera fixée au 26 février 2016.

Un nouveau scrutin, pour élire un nouveau président. En juillet, Michel Platini déclare, dans une lettre envoyée aux 209 associations membres, qu’il sera candidat. Président de l’UEFA, le natif de Joeuf, en région Grand Est, est alors le grand favori pour devenir le patron du football mondial. Mais en septembre, le scandale éclate. Le ministère public de la Confédération helvétique (MPC) ouvre une procédure pénale pour gestion déloyale ​et abus de confiance​. Michel Platini aurait reçu la somme de 1,8 million d’euros en 2011 de la part de la Fifa, ce que la justice associe alors à un pot-de-vin.

En octobre, la commission d’éthique de la Fifa suspend provisoirement les deux hommes pendant 90 jours de toute activité dans le football, avec une conséquence fâcheuse pour Platini : sa candidature pour l’élection du mois de février n’a pas pu être enregistrée. Les deux hommes seront finalement bannis pendant 8 ans quelques semaines plus tard (la sanction sera ramenée à 4 ans).

Pourquoi Michel Platini et Sepp Blatter se retrouvent-ils devant la justice, six ans après ?

Après plus de six ans d’une enquête très médiatisée, le procès de Michel Platini et de Sepp Blatter va s’ouvrir le 8 juin, et devrait durer deux semaines. En droit suisse, l’escroquerie simple est passible de cinq ans de prison ou d’une peine pécuniaire​. Que leur reproche la justice ? Le triple Ballon d’Or a conseillé Sepp Blatter entre 1998 et 2002, lors du premier mandat du dirigeant suisse à tête de la Fifa, selon un contrat écrit signé en 1999 et convenant d’une rémunération annuelle de 300 000 francs suisses, facturée par M. Platini et intégralement payée par la Fifa​, rappelait le parquet suisse.

Or en 2011, plus de huit ans après la fin de son activité de conseiller​, l’ex-capitaine des Bleus a fait valoir une créance de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros)​, acquittée par l’instance du football avec le concours ​de Sepp Blatter, et jugée sans fondement ​par l’accusation. En Suisse, une créance est proscrite au bout de cinq ans.

Que dit la défense ?

Les deux hommes martèlent depuis le début de l’enquête qu’ils avaient oralement décidé d’un salaire annuel d’un million de francs suisses pour ce travail de conseiller, sans que les finances de la Fifa n’en permettent à l’époque le règlement à Michel Platini, et assurent avoir simplement réglé le solde avec retard. S’il reconnaît une maladresse, le Français réfute toutes les accusations de corruption.

Il se dit même être victime d’un complot et a déposé plainte en ce sens, comme Sepp Blatter, auprès du Procureur de la République de Paris contre Gianni Infantino pour trafic d’influence actif ​et contre Marco Villiger, ancien directeur de services juridiques de l’instance internationale, pour complicité de trafic d’influence actif​.

Leurs soupçons se nourrissent d’une rencontre secrète (sans procès-verbal) qui aurait eu lieu en juillet 2015, sur laquelle enquête la justice suisse, entre Infantino, Michael Lauber, ex-procureur général, et le procureur du Haut-Valais, Rinaldo Arnold, un ami de l’actuel président de la Fifa dont l’objectif aurait été de faire tomber Michel Platini pour l’empêcher d’accéder à la présidence de la Fifa. De son côté, Gianni Infantino assure qu’il n’a découvert l’existence de ce paiement qu’en septembre 2015, lors de l’ouverture de l’enquête. Comme Marco Villiger.

 

ouest-france.fr

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